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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 23:15

Le passé    

 

J’avais été conquise par A propos d’Elly, La fête du feu et Les enfants de Belleville, et bouleversée par Une séparation. J’attendais donc le dernier long-métrage d’Asghar Farhadi avec une impatience renouvelée.  

 

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2013.

Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

 

Le passé 2 

 

Ce film a clairement un air de famille par rapport aux autres œuvres, il porte dès les premières images la griffe du réalisateur (je ne le ressens pas ainsi mais je conçois qu’elle puisse lasser).

Il est pourtant novateur sur certains plans, et il démontre à tant d’égards la maîtrise impressionnante d’un réalisateur au kaléidoscope de talents, qui pose de vraies questions dans ses films, qui nous bouscule, nous dérange.

 

Même si les lieux et la langue française apportent un dépaysement certain, ils sont encore une fois le signe d’une grande maîtrise du cinéaste. Diriger tous les acteurs (à l’exception de deux d’entre eux!) par l’intermédiaire d’un traducteur relève d’un pari risqué, au risque de lasser les comédiens eux-mêmes et d’épuiser l’interprète !  

Et les acteurs sont très, très bons. J’ai trouvé particulièrement excellente la prestation d’Ali Mosaffa (dont se dégage un charme prononcé, apaisant – mari de Leila Hatami, qui tenait un des rôles principaux dans Une séparation), de Bérénice Béjo (d’une beauté sublimée, inclassable, elle tient certainement là un des rôles de sa vie) et des enfants.

A noter la présence de Tahar Brahim et de Sabrina Ouazani, qui se font leur place !

 

  Le passé 3

 

Les cadrages sont splendides. On constate un soin particulier apporté simultanément aux différents plans (autant le premier que l’arrière) et à leur lumière, et on retrouve de nombreux éléments favoris du réalisateur (l'importance des vitres, des fenêtres, des portes qui séparent les protagonistes et à travers lesquels ils se voient et se parlent).

 

Le passé 4

 

Certains raccords sont saisissants de limpidité (comme le titre du long-métrage effacé et suivi par les essuie-glaces à l’arrière de la voiture) et les sons collent aux images de manière parfois éprouvante. Ainsi, j’ai sursauté lorsque l’image de l’ancien couple Ahmad-Marie a été immédiatement suivie par le bruit strident de la perceuse dans le plafond maniée par Samir.

 

Le réalisateur a ce génie de filmer des thrillers du quotidien dans lequel le spectateur est plongé en apnée douloureuse.

 

Le passé 5

 

Je retiens deux plans magnifiques qui en disent long sur le film : tout d’abord celui, dans un plan aérien fixe, de l’arrivée à la maison, coincée entre les rails et la route dans un triangle vers le bas, préfigurant l’impasse de la situation ; et celui de la toute fin, dans un cadre lentement construit, approchant la perfection en nous dévoilant cette image nuptiale terrible et évidente…

 

Les thèmes abordés sont vastes, encore plus sombres peut-être que dans Une séparation, mais toujours universels. Le thème de la religion en est cette fois complètement absent. Y cohabitent ceux du couple, de la famille et plus précisément même la famille recomposée, des liens qui résistent au temps qui passe, du poids du passé et des engagements, et enfin de la difficulté de se construire sur des mensonges.

Pendant la projection, une phrase est revenue à plusieurs reprises dans mon esprit : les enfants paient pour les crimes de leurs parents…

 

Ce monsieur Farhadi est aussi réaliste qu’inquiet pour l’avenir d’une humanité dont il filme avec une humanité et un recul poignants une évolution qui s’apparente à plusieurs niveaux à un certain déclin. 

 

 

***

Un petit article de presse intéressant sur le film: celui de Sud-Ouest

Par Claire - Communauté : 1 article = 1 film
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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 15:40

Inch'AllahLes voisins de Dieu

   

Article-rattrapage sur deux films vus mi-mars et début avril.

 

Deux films difficiles, qui véhiculent une grande violence, et me donnent beaucoup d’inquiétude, surtout en ce qui concerne le premier, le second semblant trouver une fin dont l’apparence (au moins) va vers un apaisement.

 

J’ai pu voir Inch’Allah en avant-première, en présence de sa réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a parlé du film après la projection, décrit son parcours et répondu aux questions de quelques spectateurs. Il s’agit de son second long-métrage.


Inch'Allah 2 


Le synopsis est le suivant: dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage-femme québécoise accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d'amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question.

La réalisatrice a expliqué s'être rendue en Palestine lors du tournage d'un documentaire et avoir eu une sorte de coup de foudre pour l'endroit. Elle s'est intéressée de près à la question israélo-palestinienne, a décidé de retourner en Palestine, et d'y séjourner. Elle a visiblement fait les choses de manière approfondie puisqu'elle a même appris l'arabe, mais a exprimé maladroitement ce qui à mon sens pose problème dans son film, à savoir qu'en tant que canadienne, elle n'avait pas un historique de conflit "dans son ADN". Le scénario de ce film a été écrit sur place. Compte tenu des tensions (le mot est bien faible), le tournage ne s'est pas fait près du mur de séparation, celui-ci et ses environs ont été (très bien) reconstitués.

De manière globale, le film est bien fait, un de ces films qu'on peut qualifier de 'coup de poing'. Les acteurs principaux sont bien dirigés. Je n'ai pas trop accroché avec l'actrice principale (Evelyne Brochu), je ne m'y suis pas, comme c'était pourtant le souhait de la réalisatrice, 'identifiée' mais objectivement elle était 'dans son rôle'. En revanche, j'ai beaucoup apprécié les rôles des deux jeunes femmes de part et d'autre du check-point, portés par deux actrices douées: Sabrina Ouazani (L'esquive, La graine et le mulet, et actuellement Le passé) et Sivan Levy, jeune actrice sympathique que je découvre (réalisatrice également). La caméra à l'épaule (qui rappelle une certaine forme de documentaire) est efficace dans certaines scènes.

Cependant, ce film, ajouté aux propos de la réalisatrice, me laisse un bien mauvais goût dans la bouche. Je trouve qu’il y a d’autres manières de faire passer certains messages très graves comme celui du film, d’autres supports aussi qu’une fiction, et j’ai presque bondi quand j’ai entendu les propos de la réalisatrice et certains spectateurs. Certains ont dit qu'ils comprenaient grâce à ce film pourquoi les palestiniens réagissaient comme cela, comment un être pouvait en arriver à être kamikaze. Je ne veux ni ne peux juger tel ou tel comportement car je ne suis pas (et n'espère jamais être) dans cette situation terrible dans laquelle se trouvent les personnes vivant de part et d'autre du mur. Mais une fiction peut-elle avoir pour but de faire comprendre comment on peut devenir l'auteur à cette échelle de morts humaines? Peut-elle avoir le but de créer de l'empathie? Que l'on se trouve du côté israélien, ou du côté palestinien, tous les civils subissent une situation inhumaine. Si le propos de la réalisatrice est d'indiquer qu'il est difficile de ne jamais prendre parti, de rester neutre en tant que tiers plongé dans la réalité d'un conflit qui n'est pas le sien, je peux l'entendre. Lors des conflits, les organisations humanitaires se doivent de toujours privilégier la vie, les soins dispensés, indépendamment de toute considération politique, conflictuelle, ethnique, etc. Mais quand le ressenti des spectateurs s'exprime en termes empathiques quant à des actes entraînant la mort, je trouve qu'il s'agit de quelque chose de très grave qui prouve, même si les spectateurs peuvent manquer de recul, que le traitement du sujet est en tout état de cause problématique.
De plus, à la fin de ce film, je n'ai certainement pas vu l'espoir avancé par certaines critiques.

En conclusion, une intention louable de la part de sa réalisatrice, mais un traitement (et un titre…) bien dangereux pour un terrain où même un rat démineur aguerri hésiterait à hasarder ses moustaches.

Et comme le disait justement Miriam, derrière ce film qui à mon avis ne peut malheureusement résoudre ce qu'il décrit, se cache une réalité bien trop inquiétante. 

 

Quant au long-métrage Les voisins de Dieu, il nous plonge à Bat Yam, Israël, dans le quotidien d'Avi, Kobi et Yaniv. La vingtaine belliqueuse, ils se sont autoproclamés gardiens de leur quartier et se conduisent à ce titre comme les garants de leur vision du Talmud. Ils font respecter de façon musclée le shabbat, surveillent les tenues des filles et s’assurent que les jeunes de Jaffa, la voisine arabe, n’entrent pas dans le quartier avec leurs voitures, toute musique hurlante. L’équilibre de la bande vacille le jour où Avi, le chef du groupe, rencontre Miri, une jeune israélienne non pratiquante.

 

Les voisins de Dieu 2

 

Réalisé par Meni Yaesh, compagnon de Keren Yedaya (dont j’ai beaucoup aimé « Mon trésor » et « Jaffa »), ce long-métrage est filmé de manière masculine, nerveuse et m’a rappelé l’univers de jeux-vidéo dans certains raccords brusques en musique.

J’ai apprécié la performance des deux acteurs principaux, Roy Assaf et Rotem Ziesman-Cohen.

Ce film n’échappe pas à l’écueil d’un certain manichéisme, mais j’ai été sensible à sa visible bonne volonté de réconcilier par la rencontre de deux jeunes deux visions des choses, en l’occurrence celle d’une jeune femme ouverte à la foi, respectueuse de certaines traditions religieuses, mais ne souhaitant pas être enfermée de manière arbitraire dans un carcan bien trop étroit pour elle, et celle d’un jeune homme portant un passé difficile et rassuré par des propos et pratiques religieuses donnant une direction à sa vie, même s’ils entraînent une violence injustifiable.

Encore une fois, comme dans ‘Inch’Allah’, nous sont montrées les limites d’un mode de pensée avec ‘œillères’, où la loi du talion apparaît comme l’unique possibilité de ne pas subir son sort, même si elle se retourne sans fin contre soi.

Par Claire
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 07:45

A l’heure d’un individualisme plutôt forcené mais aussi de technologies collaboratives en plein essor, un petit post pour vous parler de l’existence de deux concepts liés au cinéma (entre autres) que je trouve malins et conviviaux!    

 

Le premier s’appelle Kiss Kiss Bank Bank (ne vous arrêtez pas au nom !) et son idée est de faire naître des projets créatifs ou innovants grâce à un certain nombre de contributeurs volontaires.
Exemple : vous avez une super idée de court-métrage, mais vous n’avez pas un rond en poche pour le réaliser ? Vous créez votre espace sur la plateforme, décrivez votre projet, et ouvrez un appel à contribution financière ! Les personnes motivées par votre idée peuvent vous soutenir.
Si la somme n’est pas réunie dans le délai imparti, les contributeurs se voient reverser leur ‘mise’.
Les créateurs doivent inclure au départ les frais perçus par le site (on n’a rien sans rien, et certaines idées génèrent salaire !), mais ils conservent 100% de la propriété intellectuelle de leurs projets.
Voici en lien un projet intitulé ‘Il duello’ qui m’a fait sourire (la mère romaine intraitable !), souhaitant s’inspirer dans le jeu de ses acteurs des comédies italiennes des années 60.

Le second s’appelle I like cinema. Il s’agit d’un site de programmation communautaire et de ventes de places de cinéma. Il propose aux internautes des séances à programmer à la demande dans un large catalogue de films et de salles indépendants partout en France.
Exemple : vous étiez trop petits à l’époque (ou pas encore nés !) et rêvez de voir Le grand bleu ou Le mépris sur grand écran ? Vous avez raté Winter’s Bone, Monsieur Lazhar ou Une séparation ?
Le principe est simple : en 4 clics, vous programmez une séance.
Il faut un minimum de personnes pour valider une séance (une vingtaine au moins, l'idée n'étant pas de réduire le prix, mais de proposer un service vraiment personnalisé). Mais si vous souhaitez organiser une séance pour un anniversaire ou une fête, c’est possible !
Sinon, il vous reste toujours la possibilité de rejoindre une séance existante.
Quelques liens :
- le catalogue actuel (possibilité de suggérer des films)
- les cinémas partenaires

Alors, ça vous dit une toile ensemble ? :)
   

Par Claire
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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 08:05
 
trophies-2013
Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de participer à un concours.

Intitulé "Les Trophées Influenceurs 2013" et organisé par Tribway, il a pour but de révéler les blogueurs les plus influents dans un certain nombre de domaines.

Si vous souhaitez me donner un petit coup de pouce pour la catégorie films, n'hésitez pas à aller sur mon profil à l'adresse en lien.

En prime, vous pourrez peut-être gagner un ipad mini.
Bon, si vous ne gagnez pas, vous aurez contribué à me soutenir, ce qui m'aura fait très plaisir! :)
Enfin, surtout n'hésitez pas à faire circuler l'information!   
 
Par Claire
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Jeudi 25 avril 2013 4 25 /04 /Avr /2013 19:15

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Du 15 au 26 mai se tiendra le 66ème festival de Cannes.
Chaque année attendu par nombre de cinéphiles, chaque année décrié aussi - surtout après l’annonce de la Palme d’or -, le Festival conserve (au moins pour les petits cinéphiles comme moi qui n’y sont jamais allés !) une aura de mystère, ce petit quelque chose situé quelque part entre le rêve et les paillettes, entre l’admiration et une pointe plus ou moins aiguë d'agacement.

Le 18 avril dernier s’est tenue une conférence de presse à Paris annonçant cet événement, ainsi que la sélection officielle et celle d’Un autre regard notamment. Vous pouvez y jeter un coup d’œil en lien.

Le film d’ouverture est 'Gatsby le Magnifique', inspiré du beau roman de Francis Scott Fitzgerald, avec en tête d'affiche Leonardo DiCaprio.
 
Le Président du Jury est Steven Spielberg (dont le film Jurassic Park de 1993 est ressorti hier en 3D dans les salles françaises, pour les nostalgiques/inconditionnels).
Du côté du jury, une belle équipe composée par:
- du côté de ces dames:
Vidya Balan (actrice indienne)
Naomi Kawase (réalisatrice japonaise)
Nicole Kidman (actrice/productrice australienne)
Lynne Ramsay (scénariste/réalisatrice/productrice britannique)
- du côté de ces messieurs:
Daniel Auteuil (acteur/réalisateur français)
Ang Lee (réalisateur/producteur/scénariste taïwanais)
Cristian Mungiu (scénariste/réalisateur/producteur roumain)
Christoph Waltz (acteur autrichien)
 
Je n'ai pas eu le temps encore de me plonger vraiment dans la Sélection ainsi que dans la liste des films hors compétition mais à part le film d'ouverture du festival, j'attends déjà 'Le passé' d'Asghar Faradi (après les très réussis 'A propos d'Elly' et Une séparation), et 'La grande bellezza' de Paolo Sorrentino (dans le décor somptueux de la ville éternelle).
Espérons que je serai plus enthousiaste que l'an dernier (ou moins énervée que d'autres années, 2008 pour n'en citer qu'une au hasard!).
 
Si une vision 'de l'intérieur' du Festival de Cannes vous intéresse, n'hésitez pas à cliquer du côté du veinard Christoblog qui y sera à nouveau cette année. :)
 
Enfin, un petit mot concernant l'affiche du Festival : cette année elle met à l'honneur Paul Newman et Joanne Woodward dans un cliché pris sur le tournage du film A new kind of love (La fille à la casquette) de Melville Shavelson, en 1963.
Pour les curieux, voici un petit lien qui montre toutes les affiches du Festival depuis 1946! J'ai trouvé l'évolution de ces dernières très intéressante.
Par Claire
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